improvisation au violon

LE RELEVE DE SOLO EN 5 QUESTIONS – REPONSES

LE RELEVE DE SOLO EN 5 QUESTIONS – REPONSES

 

Dans cet article, je vais tenter de répondre aux questions que vous pourriez vous poser par rapport au relevé de solo, ce procédé très utilisé en jazz et qui vous paraît peut-être étrange si vous n’êtes pas encore immergé dans le jazz… J’espère ainsi vous faire découvrir tout l’intérêt qu’il y a à pratiquer cet exercice, qui n’est bien sûr pas destiné ensuite à être joué en public, mais dont le but est plutôt d’enrichir votre jeu improvisé.

Le relevé de solo est d ‘après moi un des meilleurs moyens pour apprendre le jazz, de la même manière qu’on étudierait un concerto ou une étude.

 

 

1) QU’EST-CE QUE LE RELEVE DE SOLO ?

 

Le solo, qu’on appelle aussi CHORUS, est en fait l’improvisation qu’un soliste de jazz va jouer après avoir exposé le thème du morceau. Il y a souvent plusieurs chorus d’instrumentistes différents : saxophone, piano, guitare, batterie…

Le relevé de solo est le fait de chercher à reproduire totalement ou en partie une de ces improvisations. On parle aussi de transcription de solo, mais personnellement je préfère le terme RELEVER, qui n’implique pas forcément une dimension écrite. En effet et comme nous allons le voir au cours de cet article, il y a différentes façons de relever un chorus, et on peut le faire directement à l’oreille, ou en l’écrivant d’abord.

 

 

2) POURQUOI RELEVER UN SOLO ?

 

Cette question est très importante. En effet, si l’on n’a pas conscience de l’utilité du relevé, il est difficile de s’y mettre, puisque le relevé est tout-de-même un exercice qui demande beaucoup de temps, de patience et d’acharnement…

Pour vous rassurer, vous pouvez être certain que tous les grands musiciens de jazz sont passé par là! Ils ont tous à un moment donné cherché à s’inspirer d’un ou de plusieurs autres improvisateurs.

C’est même parfois le seul moyen qu’ont utilisé certains musiciens pour apprendre le jazz, ce qui explique que cela arrive qu’ils n’aient aucune connaissance de la théorie de la musique tout en étant des musiciens exceptionnels… Donc forcément, vous pouvez imaginer que sans ce type de connaissances, ces musiciens ont relevé les solos… en les écoutant ! Et c’est de cette manière qu’ils développé une oreille très perfectionnée, et qu’ils sont devenus de très grands musiciens de jazz.

Cet exercice incontournable permet donc de former notre oreille, qui demeure un outil indispensable pour jouer du jazz puisque pour improviser sur une grille, il faut impérativement l’entendre !

Relever un solo permet aussi de mieux mémoriser la grille d’accords, et de l’entendre différemment, puisqu’en relevant plusieurs grilles d’un chorus, c’est comme si on apprenait plusieurs mélodies différentes sur les mêmes accords.

Relever permet également de s’inspirer d’un soliste qui nous plaît et d’intégrer un peu de sa façon de jouer dans la notre : sa façon de construire un solo et de le développer, sa façon de se placer rythmiquement, sa façon de construire ses phrases…

Relever permet enfin de se créer un vocabulaire de phrases, de motifs, de suites de notes à utiliser directement dans les improvisations, comme lorsqu’on apprend une langue…

 

 

3) QUEL SOLO RELEVER ?

 

Celui que vous aimez, tout simplement ! Tout est ouvert : violonistes, pas violonistes … Faites confiance à votre oreille qui vous permettra d’entendre une phrase qui vous plaît et d’essayer de la reproduire exactement de la même manière que le fait le soliste que vous appréciez tant… Ainsi, vous vous créerez une bibliothèque de vocabulaire qui vous permettra de vous exprimer librement, tout en restant dans un contexte bien précis.

Evidemment, je ne vous conseille pas de commencer votre premier relevé avec un solo trop complexe harmoniquement et rythmiquement… Si dans un premier temps le relevé de solo vous paraît trop difficile, relevez d’abord le thème d’un standard, sans la partition, en essayant de suivre le phrasé de l’instrumentiste qui le joue ! De toute façon, les thèmes ne sont jamais joués exactement comme ils sont écrits dans le Realbook (à part peut-être certains thèmes complexes de bebop). En effet, une partition d’un standard est en quelque sorte un résumé de toutes les manières qui existent d’interpréter la mélodie, mais cela reste une simplification, et la plupart des interprétations sont plus complexes et surtout très différentes les unes des autres !

Donc essayez de relever des mélodies à l’oreille. Peu à peu, cela deviendra plus facile, et vous pourrez vous attaquer à un bout de chorus, puis à un chorus entier.

Personnellement, j’ai d’abord commencé à relever des solos de Stéphane Grappelli (mon premier fut Minor Swing, que j’ai justement mis en ligne pour vous ! Cliquez ICI pour revoir la vidéo). C’est une excellente école de violon jazz!!! Stéphane, c’est tout simplement beau… il est décontracté, ça swingue, il respire la musique… Et puis, le fait de commencer avec des solos en swing plus ancien permet vraiment de mieux comprendre les structures de bases du jazz, plutôt que de commencer avec des morceaux modernes plus complexes, auxquels vous aurez plus facilement accès plus tard en étant passé par le swing à l’ancienne auparavant…

Mais si au contraire vous préférez commencer par le jazz moderne, faites-le ! Ce qui compte le plus à mon avis, c’est la motivation ; relever un chorus est déjà si fastidieux que c’est l’amour que l’on porte à ce chorus qui va conserver notre détermination à aller jusqu’au bout ! Si l’on n’est pas vraiment convaincu du solo, la tendance ira peut-être vers le découragement…

 

 

4) RELEVER UN CHORUS EN ENTIER OU SEULEMENT DES PHRASES ?

 

 

Le relevé de solo en entier est très utile pour vous inspirer de la manière globale de phraser d’un soliste, et de sa manière de swinguer ! Le but est vraiment d’essayer d’imiter tous les ornements, et de se placer rythmiquement de la même manière que le soliste , afin de s’imprégner totalement de son jeu.

Si vous préférez, vous pouvez également relever des phrases uniques, et les travailler dans toutes les tonalités et dans différents contextes, afin de pouvoir vous en servir à n’importe quel moment lorsque vous êtes en train de jouer. Par exemple, lorsque vous écoutez un morceau, dès que vous entendez une phrase qui vous plaît, repassez-la plusieurs fois et essayez de la relever au passage, même si vous ne voulez pas relever tout le solo en entier. Ensuite, jouez et rejouez et rejouez encore la phrase, puis en contexte, puis transposez…

Je pense qu’il est important de faire les deux, c’est-à-dire relever des solos entiers et des phrases séparées. Vous pouvez très bien travailler un solo entier, puis en extraire vos phrases préférées afin de les approfondir. Le relevé de chorus est un travail sur le long terme, que tout musicien de jazz s’applique à faire tout au long de sa vie de musicien…

 

 

5) RELEVER UN SOLO PAR ECRIT OU A L’OREILLE?


 

Eva Slongo Violoniste de jazz

Je pense que cette question taraude bien des musiciens, en fonction du milieu musical duquel ils viennent… Ce sont les mêmes questions que je me suis moi-même posée il y a quelques années…A-t-on le droit d’écrire un chorus ? Ou à l’inverse, peut-on relever à l’oreille sans passer par l’écrit?

A mon avis, et surtout au début, je pense qu’il est important de s’écouter et de ne rien s’interdire…

Cependant, il y a certains points à considérer, afin de prendre en compte les avantages et inconvénients de l’un ou l’autre des deux procédés.

Nous autres instrumentistes à cordes sommes très souvent habitués à fonctionner avec des partitions, surtout si nous avons une première formation classique. A vrai dire, il nous paraît parfois même difficile de nous passer de partitions, voir impossible…

Au début lorsqu’on commence le jazz, il est vrai que les partitions peuvent constituer une aide précieuse, et même nous permettre de faire le lien entre ce que nous avons appris et le jazz qui est si différent. Néanmoins, il est important de garder en tête que le jazz est une musique improvisée, et qu’à long terme il va falloir progressivement envisager un fonctionnement sans partitions. Notre avantage, en tant que violoniste, altiste , violoncelliste ou contrebassiste, est que pour pouvoir jouer techniquement de notre instrument, une très bonne oreille est indispensable. Eh oui, sans une bonne oreille, impossible de jouer juste, et impossible.. de jouer tout court !! La nature de notre instrument a déjà développé notre oreille, à nous de nous servir de cet avantage !! D’ailleurs, la plupart d’entre nous s’en servent déjà naturellement lors des premiers essais de chorus sur une grille…

Par conséquent, on peut s’en servir en relevant des chorus ! Je considère que l’idéal est d’essayer de relever un chorus d’abord à l’oreille, de le chanter, le jouer, de le mémoriser et de l’intégrer complètement, et ensuite seulement de l’écrire, en quelque sorte pour l’archiver..

Je vous dis cela, mais je n’ai pas commencé ainsi… J’ai commencé à relever en écrivant d’abord le solo, puis en apprenant la partition que j’avais écrite, ce qui était plus rapide à mon goût… Eh oui, l’apprentissage d’un morceau est certainement plus rapide en passant par la partition en premier. Et surtout l’on a cette satisfaction de pouvoir jouer le solo très rapidement, et ça fait plaisir ! Mais après des années d’apprentissage du jazz, j’ai commencé à relever d’oreille, et j’ai vraiment vu une différence au niveau de la mémorisation des phrases relevées et de l’utilisation que j’ai pu en faire.

En effet, quel est le but dans l’apprentissage d’un solo ? Est-ce de le connaître par coeur comme on aurait appris une étude ou un concerto, ou n’est-ce pas plutôt l’intégrer dans son jeu ? Pensez-vous que l’intégration du solo dans le jeu improvisé sera plus rapide en passant par l’intermédiaire d’une partition, ou en passant d’abord par la mémoire auditive ??

Je pense que vous avez déduit la réponse à cette question. Si l’apprentissage en soi du solo est plus rapide en passant par une partition, l’intégration dans le jeu improvisé sera beaucoup plus longue. En revanche, si vous mémorisez un solo d’oreille, même si vous n’en aurez qu’un tiers à la place du solo entier, eh bien ce tiers vous reviendra beaucoup plus facilement lorsque vous tenterez d’improviser et sera vraiment plus ancré en vous. Parfois même, comme par magie, un motif reviendra s’installer dans votre jeu quelques semaines après l’avoir appris.

Alors, même si vous avez envie de passer par la transcription écrite pour relever vos solos, je vous conseille vivement de commencer aussi à relever d’oreille un passage d’un chorus, ou une phrase! Et peu à peu vous comprendrez tout l’intérêt de cette démarche qui demande une patience énorme et beaucoup d’acharnement, mais qui finit par payer !

De toute manière, si vous testez les deux méthodes, vous verrez par vous-même la différence à long terme…

 

 

Voilà pour cet article, s’il vous a plu n’hésitez pas à le diffuser sur les réseaux sociaux ! Je pense qu’il peut également être utile à d’autres instrumentistes que les violonistes ou autres instrument à cordes, même s’il est vrai que ce blog leur est spécialement dédié…

9 réflexions au sujet de « LE RELEVE DE SOLO EN 5 QUESTIONS – REPONSES »

  1. Je dis « bravo ». C’est (à peu de choses près) ce que l’on nous enseigne au Conservatoire de Saint-Brieuc. Je ne suis PAS lecteur (au sens où je ne lis pas couramment la musique, mais il m’est arrivé d’écrire les notes d’un chorus pour mieux en mémoriser la hauteur.

  2. bravo, je vous suis dans tout ce que vous dites. Parfois je me trouve limitée quand le solo va trop vite pour mon oreille et que les notes intermédiaires ne se différencient plus les unes des autres, j’ai la note de départ celle d’arrivée et au milieu un flou partiellement juste

    … avez vous un truc pour « ralentir » le flux à l’écoute.

    1. bonjour et merci, oui c’est normal, vous pouvez utiliser le programme Transcribe qui ralentit le solo, et vous pouvez faire des boucles sur quelques notes! et sinon un autre truc c’est d’arrêter le son au milieu de la phrase, juste après les notes que vous n’avez pas encore!

  3. C’est un super article et je pense qu’il n’est pas destiné qu’aux musiciens de jazz mais de tous les styles et de tous les instruments. J’ai appris la guitare manouche comme ça en relevant Django et je n’utilise pas de théorie. Merci pour cette initiative ! Je suis professeur de guitare et j’apprends la musique aux enfant par transmission orale.

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