Tournée Parisienne

En cette fin Novembre 2023 Eva a donné une série de concerts à Paris avec sa nouvelle formation le Django Reinhart Tribute Quartet. Cela a été un vrai bonheur d’y assister et de rencontrer certains de ses élèves par la même occasion. Impressions de cette semaine haute en musique.

Eva et son « fan club » réunis à Paris !

Cela a été incroyable de rencontrer d’autres élèves d’Eva à Paris pour cette suite de concerts ! Ils sont venus littéralement de toute la planète : Chine, Australie, Belgique, et France aussi. Voir ces personnes en vrai après les avoir vu sur un écran pendant deux ans a été assez magique. On a senti une complicité entre tous, par un plaisir commun que la musique d’Eva et son enseignement nous procure. Et aussi sa gentillesse et sa bonne humeur très communicatives !

C’était amusant à voir, tout ce monde content, la première étant Eva, estomaquée de voir ces gens autour d’elle et de jouer avec eux en vrai pour une fois ! Il est surprenant de constater que ces cours à distances réunissent les gens beaucoup plus qu’on ne le croie ; cela ne rend pas les choses si distantes que cela finalement. La personnalité d’Eva y est pour beaucoup ; son sourire, sa gentillesse, son naturel fait qu’on se sent à l’aise même quand il faut apprendre des choses difficiles.

Il a été étonnant de voir avec quelle aisance certaines se sont lancées à monter sur scène lors des boeufs, en particulier sur la belle scène du Duc des Lombards. Elles ont été à la hauteur, ce qui n’était pas facile vu le niveau des musiciens sur scène, et aussi avec un public averti.

Cette rencontre a été une expérience à renouveler très certainement ; Paris, comme centre du monde du jazz manouche, se prête parfaitement à une prochaine réunion pour un partage de musique tous ensemble.

Quatre soirées toutes différentes.

La semaine commence dans un bar à vin très parisien, le 18 Oberkampf. Chaude ambiance, des amis des musiciens, des élèves d’Eva ; ces quatre-là jouent ensemble pour la première fois et ça marche incroyablement bien ! On a senti une complicité musicale et humaine s’installer durant cette soirée.

Le concert du Sunset est très différent : encore des amis et des élèves, et des spectateurs venant de pays étrangers. Les musiciens prennent la balle au bond : chacun va présenter un morceau dans sa propre langue (Français, Suédois, Allemand) ajoutant l’Espagnol. L’écoute est activement attentive, participative. La proximité avec les musiciens que cette scène procure m’a fait sentir toutes les communications entre les artistes, même les plus finement exprimées. Une vraie façon de sentir la musique au travers des musiciens. Ils ont beaucoup interagi entre eux, se sont adaptés magnifiquement aux situations qu’un groupe nouvellement formé crée immanquablement, avec humour et bonne humeur. On a vraiment pu apprécier tout leur talent, individuel et collectif à la fois.

Le lendemain, c’est bœuf ! D’abord un bœuf au Charlie a permis à deux élèves de partager la scène avec Eva et d’autres musiciens dans une ambiance décontractée et un public bienveillant. Suivi le même soir jusque forcément tard dans la nuit d’un autre bœuf « haut de gamme » au Duc des Lombards sur une très belle scène et un public exigeant. Un boeuf de grande classe, une belle image de ce que peut être le jazz à Paris. Pas impressionnées, deux élèves se sont lancées sur scène avec brio !

Dernière étape, La Bellevilloise dans le très typiquement parisien quartier de Belleville, une grande salle où on écoute de la musique et brunche dans l’ambiance décontractée du Dimanche midi. Les quatre compères ont continué à partager ensemble cette belle énergie et à la communiquer à tout le monde !

C’était un grand bonheur de les voir et de les écouter tous les quatre et de partager tout cela avec Eva et ses élèves !

Voilà qui me donne un nouvel élan pour continuer d’apprendre le violon jazz avec Eva, et je crois que je ne suis pas le seul…

DRT

Le Django Reinhart Tribute, c’est la rayonnante Eva, la souriante Julia, le facétieux Edouard et l’expressif Gustav.

Dès les premières notes esquissées, ils communiquent, échangent des regards, s’observent, sont attentifs à ce que les autres jouent et réagissent sur l’instant, se répondent. Ils sont joyeux, rient souvent quand une phrase d’un solo leur plait, ils se font des clins d’œil, avec leurs yeux ou avec la musique. Ils « jouent » véritablement ensemble.

Et ils jouent avec politesse et respect, se laissent la place : quand l’un a fini de s’exprimer, il regarde les autres pour proposer la parole, s’ensuit un échange de regards, l’un des musiciens accepte son invitation et ceux deux-là s’échangent un sourire. La symbiose entre ces artistes est magnifique à regarder, leur bonheur à jouer ensemble se ressent, est très communicatif, on en ressort joyeux. C’est un magnifique exemple de ce que le partage de la musique peut faire sur les êtres humains.

Les solos sont magistraux, chacun dans son style.

Si Julia pose une basse bien stable sur laquelle tout le monde se repose, elle sait s’envoler dans des solos qui sont à la fois techniques, mais sans tape-à-l’œil inutile, et aussi mélodieux, très inspirés. Ils sont toujours à point, s’insèrent dans le morceau et avec les autres solos comme l’une des quatre pièces du puzzle. Son détaché laisse bien s’entendre chaque note pour des solos clairs que l’oreille peut facilement comprendre ; chaque solo est un plaisir renouvelé.

Edouard brille par sa virtuosité et son inventivité. On croirait qu’il a déjà tout dit sur tel ou tel morceau mais il parvient toujours à surprendre. Il allie rythme et mélodie pour jouer avec le thème. Souvent il rappelle Biréli Lagrène dans ses intonations, son touché, mais il a son style propre, très joueur, très badin même. En véritable chef d’orchestre du groupe, il est celui sur lequel s’appuie les trois autres sans jamais paraitre un chef justement ; il est en permanence en contact visuel ou auditif avec chacun des autres musiciens et les guide l’un vers un solo, l’autre vers une rythmique ou un rappel de la mélodie. Il n’accompagne pas un solo, mais à tour de rôle le soutient, le porte, le pousse, voire lui lance des défis pour mieux briller, toujours avec bienveillance et avec le sourire.

Gustav est le plus vocal des quatre : il s’exprime haut et fort quand quelque chose, une note, un solo, une phrase lui plait ; on sent instantanément les vibrations que cela lui inspire, il vit la musique des autres. Par son soutien vocal il accompagne les solos de ses partenaires, il relance le public, ou le secoue pour qu’il participe plus à la fête. Sans être en reste avec Edouard de par sa virtuosité, son style de jeu est significativement différent, et cette différence s’entend les yeux fermés. Très harmonieux dans ses improvisations, on sent des influences de grands guitaristes jazz, avec des intonations classiques et flamenco qui s’entremêlent avec le jazz manouche. Le rendu est très beau et très original dans ce style musical.

Et enfin Eva, magistrale dans son interprétation chaque fois différente, virtuose à l’envi, époustouflante même. Ses solos brillent, vous emportent dans une avalanche de rythmes, d’arpèges, d’envolées aigües; sa virtuosité exploite toutes les ressources du violon. Elle allie à merveille ses influences classiques et jazz aux rythmes endiablés du style manouche. Quand on est son élève, on est impressionné de voir ses doigts se déplacer au gré de ses choix mélodiques et harmoniques qui se suivent à une vitesse folle. Chaque solo est une découverte, on y reconnait des phrases qu’elle enseigne en cours et qui font partie de son riche vocabulaire violonistique. Elles sont enchainées avec maestro, on passe de l’une à l’autre avec un tel naturel qu’on a l’impression que c’est facile. En tant qu’élève on se surprend à réaliser que l‘on comprend (presque tout) ce qu’elle fait : quel enchainement de notes elle joue avec quels doigtés, quelle harmonie elle utilise et pourquoi ; ce qui est enseigné en cours sert à décrypter sa musique, et c’est très épanouissant de voir tout cela appliqué magnifiquement au service de la musicalité. On reçoit une grande énergie de telle sorte qu’à la fin d’un morceau on a souvent l’impression d’avoir été décoiffé ! Et dans les morceaux plus doux, on a le temps d’apprécier la richesse de ses inspirations pleines de sensibilité et de variété harmonique. Eva vit sa musique ; par ses expressions du visage on peut lire sur l’instant ses réactions à ce qu’elle joue ou vient de jouer : elle sourit, écarquille les yeux, fronce les sourcils, puis tout à coup devient sérieuse. Elle respire au rythme des phrasés de l’archet. On comprend mieux ce qu’elle interprète ou crée en direct quand on est attentif à son visage, ses mains et sa respiration au regard de ce qu’on entend avec ses propres oreilles. Et progressivement on oublie la virtuosité, il ne reste que de l’émotion. C’est toute la force du concert.